Sciences participatives : à la découverte des odonates

par | 16/07/2017

L’Association des Amis de la Réserve a été conviée le 8 juillet 2017 à une matinée de sciences participatives organisée par Asters et le comité scientifique des réserves naturelles. Celle-ci a rencontré un franc succès. Elle a en effet réuni une quarantaine de personnes, notamment des étudiants du Master « Biodiversité Écologie Évolution » de l’Université de Grenoble, des membres du Groupe Nature de Faverges, des membres des Amis de la Réserve, des salariés d’Asters et des membres de son comité scientifique. L’objectif annoncé était la mise en commun des savoirs et compétences de passionnés de nature venant de différents horizons.

Après un petit café accompagné de viennoiseries, cinq groupes ont été constitués autour d’experts et en fonction des envies de chacun. Le choix proposé était varié : ornithologie, amphibiens et reptiles, mollusques, entomologie générale, odonates et botanique. Pour ma part, j’ai suivi Alexandre Guillemot, Chargé d’études espaces naturels chez Asters et spécialiste des libellules, ou odonates pour les intimes (du grec « odontos », qui signifie dent). Cet ordre d’insectes est en effet caractérisé par de puissantes mandibules armées de dents pointues. Mes camarades naturalistes du jour étaient Benjamin, qui travaille aussi chez Asters ; Joanna et Morgane, membres de l’association GUEPE (Grenoble Université Étudiants pour l’Écologie) ; Lise, qui travaille dans un bureau d’études environnementales et enfin Anne-Laure, accompagnatrice en moyenne montagne.

Quelques rapides explications tout d’abord : les odonates comptent deux sous-ordres, les zygoptères et les anisoptères. Les zygoptères ont les ailes antérieures et postérieures identiques, et se posent avec les ailes jointes. On les appelle communément les demoiselles. Chez les anisoptères, les deux paires d’ailes sont identiques, et les ailes sont largement écartées quand l’animal se pose. On les appelle communément les libellules. Les zygoptères sont en général de petite taille et présentent un aspect fragile, tandis que les anisoptères sont plus gros et capables d’atteindre des vitesses significatives et de parcourir des distances relativement importantes.

Présentations faites, nous suivons le sentier de la Réserve et empruntons le petit pont suspendu pour rejoindre le lac et accéder au delta de l’Ire. Depuis la mise en place du périmètre de protection en 2016, il est interdit d’y pénétrer. Mais aujourd’hui, encadrés par Alexandre, nous enjambons la barrière pour partir à la recherche de nos odonates. Je suis frappée une fois encore par la beauté et la tranquillité du site… Quelle chance d’être là ! Il fait très beau, le lac est calme et le paysage est tout simplement sublime. Toutefois, comme lors de mes incursions précédentes dans cet espace naturel protégé, mon regard est rapidement attiré par des bouteilles en plastique échouées sur les galets. Comme à chaque événement dans la Réserve, j’ai mon sac poubelle et je ramasse donc tout ce qui n’a rien à faire là : paquets de chips et de cigarettes, mégots, emballages plastiques divers et variés, sans oublier les éternels bouchons. Mon sac n’est pas bien grand et il est vite plein, puisque les courants amènent pas mal de déchets au bout du lac. Heureusement, ailleurs dans la Réserve, nous ne trouverons quasiment aucun détritus.

Alexandre a quant à lui repéré des exuvies. Il s’agit de la peau rejetée par la libellule lors de sa mue (ou métamorphose), que l’on trouve par exemple le long des roseaux. Il nous explique que ces animaux sont d’abord aquatiques. Les œufs sont pondus dans l’eau et les larves s’y développent. Puis, elles se fixent à un endroit, sur un roseau ou une pierre par exemple, et s’extraient de cette enveloppe pour devenir ce bel insecte que nous connaissons tous. Après deux exuvies vides, nous avons la chance de voir une libellule qui est justement en train de sortir de son enveloppe. Alexandre nous explique qu’elles sont très vulnérables à ce moment-là, car immobiles et en proie aux oiseaux par exemple.

Nous progressons au bord de l’eau. Armé d’un filet, Alexandre attrape habilement plusieurs spécimens. Pour commencer, un enallagma cyathigerum, ou agrion porte-coupe, ou encore porte-coupe holarctique. Mes collègues naturalistes ont l’habitude de telles sorties et tiennent délicatement l’insecte par les ailes sans l’endommager, ce qui nous permet de bien l’observer et de le photographier. Alexandre nous donne des détails qui facilitent son identification. Les étudiantes disposent d’un livre qui les aide à déterminer les différentes espèces. Le bord du lac est un lieu idéal pour observer les libellules. Après leur capture en douceur par notre guide et par Lise, nous pouvons nous pencher de près sur un orthetrum cancellatum, ainsi que sur un anax imperator, ou anax empereur. L’anax est l’une des plus grandes libellules d’Europe.

Après avoir longé le bord de l’eau, nous rejoignons le belvédère qui donne sur le lac. Nous avons alors l’occasion d’observer une autre espèce, en la personne de deux amateurs de paddle qui naviguent dans le périmètre de protection. Alexandre leur explique que l’endroit est désormais protégé, comme en témoignent les bouées et les panneaux bien visibles depuis le lac. Il s’agit d’habitués qui venaient ici avant la mise en place du périmètre. Nous avons encore un important travail de sensibilisation et de pédagogie à effectuer pour que le site redevienne véritablement sauvage…

Nous suivons ensuite le platelage. Alexandre est à l’affût et maîtrise aussi bien son filet que son sujet. Nous pouvons ainsi observer une nouvelle espèce, le gomphe à crochets, ou onychogomphus forcipatus. Notre prochain objectif est la grande mare. Malheureusement, à cette époque de l’année, il n’y a pas beaucoup d’eau et elle est difficile d’accès. Pas de libellule donc, mais notre petite incursion dans les hautes herbes nous permet de constater que le solidage a complètement envahi les lieux. Nous arrivons ensuite au belvédère du castor. Nous observons le beau vol bleuté de plusieurs calopteryx virgo. Alexandre nous explique qu’il s’agit de mâles qui se disputent en quelque sorte un territoire. Toute la matinée, nous capturons essentiellement des mâles. Les femelles sont moins visibles. Moins colorées, elles sont aussi plus discrètes. Le long de l’Ire et de l’Eau morte, nous observons ensuite de nombreux spécimens d’agrion jouvencelle. Chacun s’essaie avec succès au maniement du filet. De retour dans la prairie centrale, Alexandre nous attrape un beau crocothemis erythraea, ou crocothemis écarlate.

Il est déjà plus de midi ! Le temps a passé vraiment vite en compagnie de ces belles demoiselles. Nous rejoignons les autres groupes au niveau de la croix marquant l’emplacement de l’ancienne église, où Baptiste nous offre l’apéro. Nous pique-niquons tous ensemble avant de refermer cette très agréable parenthèse naturaliste. Tous les participants semblent très contents de leur expérience. Même si je vois très souvent des libellules lors de mes balades dans la Réserve ou en nageant dans le lac, mes connaissances en odonates étaient jusque-là bien maigres et reposaient largement sur le souvenir de la libellule Evinrude de Walt Disney dans Bernard et Bianca ! J’ai beaucoup appris pendant cette journée et je sais maintenant reconnaître les sept espèces que j’ai pu observer de près. Un grand merci à Asters, notamment à Aubrée et Baptiste, pour l’organisation de cette belle matinée, et merci à tous les spécialistes présents pour le partage de leurs extraordinaires connaissances. À refaire absolument ! Enfin, merci aux libellules, qui ont repris leur vol et retrouvé leur tranquillité.

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